RDC : les élections sont faites pour choisir les meilleurs. En RDC, elles sont faites pour désigner n’importe qui, y compris les médiocres (Matata Ponyo)

Dans sa récente tribune du mois de mars dernier, l’opposant de la République démocratique du Congo (RDC), le sénateur Matata Ponyo Mapon a livré son point de vue sur le dysfonctionnement de la démocratie dans son pays. Au cours de cette tribune, l’ancien Premier ministre a estimé que les élections en RDC sont faites pour désigner n’importe qui, y compris les médiocres.

« La démocratie, avec ses insuffisances, se présente aujourd’hui comme le meilleur système politique devant permettre au pays d’améliorer significativement les conditions de vie de la population comme on le voit dans les pays occidentaux. Malheureusement, ce n’est pas le cas pour la quasi-totalité des pays africains mettant en œuvre le même système politique. La RDC en est un exemple évocateur. Pourquoi cela ? La réalité est que la démocratie n’est pas effectivement appliquée. On parle de la démocratie, on chante la démocratie, mais dans les faits, on applique autre chose. En démocratie, les élections sont faites pour choisir les meilleurs. En RDC, elles sont faites notamment pour désigner n’importe qui, y compris les médiocres. La loi électorale est modifiée à chaque cycle électoral« , lit-on dans la tribune de M. Matata consulté par Congo Inter.

Commission électorale « dépendante » et Cour constitutionnelle « partiale »

Poursuivant sa réflexion, l’opposant parle de la Commission électorale indépendante (CENI), en charge d’organisation des élections, qui « est aux ordres du pouvoir » et qui « n’est donc pas indépendante ». Il cite aussi « la Cour constitutionnelle devant confirmer les résultats des élections, qui « obéit aux instructions de l’Exécutif » et qui est par conséquent « impartiale ».

En définitive, affirme Matata Ponyo, le processus électoral n’est ni libre, ni transparent, encore moins équitable. Il prend pour exemple, les élections de décembre 2018, « lorsque la CENI a proclamé, dit-il, plusieurs députés et sénateurs qui n’ont jamais été élus. Malheureusement, ces non-élus ont été confirmés par la Cour constitutionnelle. De ce fait, ils siègent au Parlement, avec un mandat fictif du peuple ».

Situation invraisemblable : de députés d’un même parti qui appartiennent à la fois à l’opposition et à la majorité au pouvoir

L’ancien Premier-ministre parle aussi d’une situation « incroyable », évoquant le cas de la majorité parlementaire, constituée après les élections, « censée rester inchangée tout au long de la mandature », qui « a été retournée ». « Les mêmes députés et sénateurs qui appartenaient à l’ancienne majorité parlementaire ont rejoint l’opposition pour former une nouvelle majorité. Du coup, on se retrouve devant de situations invraisemblables où vous avez de députés d’un même parti qui appartiennent à la fois à l’opposition et à la majorité au pouvoir ! » « Qui l’eût cru ? », se demande-t-il.

Et de poursuivre « la loi en vigueur interdit formellement ce type de basculement inimaginable et démocratiquement inacceptable« .

Un président de l’Assemblée nationale et un Premier ministre sans poids politique

Le sénateur et président du parti politique Leadership et gouvernance pour le Développement (LGD), n’a pas épargné le chef de l’Assemblée nationale et celui du Gouvernement, qui à l’en croire, n’ont aucun poids politique : « L’actuel président de l’Assemblée nationale provient de la nouvelle majorité présidentielle recomposée à laquelle appartient son parti avec 2 députés. Donc, un président de l’assemblée nationale sans aucun poids politique face à un groupe de 500 députés nationaux ! Le premier ministre provient de la même majorité présidentielle fabriquée en violation flagrante des lois en vigueur. Lui aussi appartient à un parti politique qui n’a aucun poids au Parlement où il ne compte que 12 députés. Finalement, que peut-on attendre d’un parlement où une bonne partie des députés et sénateurs n’ont pas de compte à rendre à leurs électeurs, si ce n’est qu’à ceux qui les ont nommés ou débauchés ? Que peut-on attendre d’un président de l’assemblée nationale et d’un premier ministre qui n’ont aucun poids politique ? »

Et de conclure, « C’est cela la version africaine ou congolaise de la démocratie. Les meilleurs sont élus par le peuple, mais ne sont pas tous proclamés. Les médiocres ne sont pas élus, mais nombreux d’entre eux sont proclamés vainqueurs. Par ailleurs, la constitution ainsi que les lois du pays sont systématiquement violées dans le seul objectif d’écarter meilleurs et de favoriser l’émergence des médiocres« . 

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